L’intégration d’un escalier dans une construction à ossature bois représente un défi technique majeur qui nécessite une planification rigoureuse dès la phase de conception. Contrairement aux structures maçonnées traditionnelles, le bois possède des caractéristiques spécifiques — notamment sa capacité à se rétracter, à gonfler et à fluer — qui influencent directement la manière dont vous devez concevoir et installer votre escalier. Les erreurs de dimensionnement ou de fixation peuvent entraîner des désordres acoustiques, des déformations structurelles ou même des problèmes de sécurité. Cette réalité impose une approche méthodique qui prend en compte non seulement les aspects structurels et mécaniques, mais également les exigences réglementaires en matière de résistance au feu et d’isolation phonique.
La réussite de votre projet repose sur une compréhension approfondie des interactions entre l’escalier et la structure porteuse. Chaque élément — des solives d’enchevêtrure aux systèmes de fixation ajustables — joue un rôle crucial dans la performance globale de l’ouvrage. Les professionnels expérimentés savent qu’une attention particulière doit être portée aux détails techniques qui font souvent la différence entre une installation réussie et des désagréments futurs.
Calcul des charges structurelles et dimensionnement des solivages porteurs
Le dimensionnement correct des éléments porteurs constitue la base fondamentale de toute intégration d’escalier dans une ossature bois. Cette étape préliminaire détermine la sécurité et la durabilité de l’ensemble de la structure. Les calculs doivent impérativement tenir compte des charges permanentes générées par l’escalier lui-même ainsi que des charges d’exploitation liées à son utilisation quotidienne.
Détermination des charges permanentes et d’exploitation selon l’eurocode 5
L’Eurocode 5 établit les règles de calcul pour les structures en bois et impose des valeurs précises pour les charges à prendre en compte. Pour un escalier résidentiel, vous devez considérer une charge permanente de 100 à 150 kg/m² pour la structure de l’escalier proprement dite, incluant les marches, contremarches, limons et garde-corps. Les charges d’exploitation, quant à elles, atteignent généralement 250 kg/m² pour un usage domestique standard. Dans le cas d’un escalier desservant une chambre avec salle d’eau attenante, comme mentionné dans certains projets, il convient d’augmenter légèrement ces valeurs pour anticiper la charge supplémentaire des équipements sanitaires.
La répartition de ces charges sur les solives porteuses nécessite une analyse détaillée de la géométrie de l’escalier. Un escalier droit concentre les efforts différemment d’un quart tournant ou d’un hélicoïdal. Pour une trémie de 3,72 mètres par 1 mètre parallèle au mur, les solives chevêtrières et le chevêtre supportent la majorité des contraintes. Le calcul doit intégrer les moments de flexion, les efforts tranchants et les déformations admissibles conformément aux exigences de l’Eurocode 5.
Dimensionnement des poutres porteuses en lamellé-collé GL24h ou GL28h
Le choix entre le lamellé-collé GL24h et GL28h dépend directement des portées et des charges calculées. Le GL24h, avec une résistance caractéristique à la flexion de 24 MPa, convient pour la plupart des applications résidentielles avec
une portée limitée ou un escalier relativement léger. Dès que la trémie dépasse 3 m ou que les charges d’exploitation augmentent (escalier principal d’une maison à ossature bois, circulation fréquente, stockage occasionnel), le recours au lamellé-collé GL28h devient préférable. Sa résistance accrue permet soit de réduire la section visible de la poutre porteuse, soit d’augmenter la portée sans flèche excessive, ce qui améliore à la fois le confort d’usage et la pérennité de la structure.
Dans la pratique, le dimensionnement de ces poutres en lamellé-collé s’effectue en vérifiant successivement la résistance en flexion, le cisaillement et la déformation instantanée et différée. En maison individuelle, on se fixe souvent un critère de flèche maximale de L/400 à L/500 pour les poutres supportant une trémie d’escalier, plus exigeant que les minima réglementaires, afin d’éviter tout affaissement perceptible ou fissuration des parements. Vous pouvez considérer ces poutres porteuses comme la « colonne vertébrale » de votre escalier dans l’ossature bois : si elles sont correctement dimensionnées, tout le reste de l’ouvrage gagne en robustesse.
Calcul des sections de limons et crémaillères en bois massif
Les limons et crémaillères constituent les éléments porteurs directs de l’escalier en bois. Leur dimensionnement doit tenir compte à la fois de la portée entre appuis (pied d’escalier, marche palière, éventuels supports intermédiaires) et de l’angle de l’escalier. Un escalier plus raide concentre davantage les efforts dans les limons, ce qui impose souvent d’augmenter leur section ou de limiter la portée libre. Pour un escalier courant en maison à ossature bois, on rencontre fréquemment des limons en bois massif de section 38 × 260 mm à 63 × 300 mm, en résineux de structure (C24) ou en bois dur comme le hêtre ou le chêne.
Les crémaillères, qui reçoivent les marches par entailles successives, doivent être traitées avec une attention particulière. Chaque entaille réduit localement la section résistante, ce qui augmente les contraintes en flexion et en cisaillement. C’est un peu comme si vous découpiez progressivement les dents d’un peigne : plus elles sont profondes, plus le peigne devient fragile. Pour compenser, on prévoit généralement une hauteur minimale de « talon » sous les encoches de 80 à 100 mm, en adaptant la pente de l’escalier et l’épaisseur des marches. Dans les configurations exigeantes (très grande largeur, usage intensif), l’utilisation de lamellé-collé pour les limons peut également se justifier pour garantir une stabilité dimensionnelle accrue.
Renforcement des solives d’étage par doublage ou entraxe réduit
L’ouverture d’une trémie d’escalier dans un plancher à ossature bois entraîne la suppression partielle de solives et donc une redistribution des charges. Pour éviter tout affaiblissement localisé, deux stratégies principales s’offrent à vous : le doublage des solives d’enchevêtrure ou la réduction de l’entraxe des solives restantes autour de la trémie. Le doublage consiste à venir accoler une seconde solive de même section, boulonnée ou vissée à la première, pour augmenter la capacité portante sans modifier la trame générale du plancher.
La réduction de l’entraxe, quant à elle, vise à densifier le réseau de solives sur une bande de part et d’autre de la trémie, par exemple en passant d’un entraxe de 417 mm à 300 mm. Cette approche est particulièrement pertinente lorsque l’escalier est parallèle aux solives et que le chevêtre travaille principalement en reprise de charge transversale. Dans les deux cas, il est essentiel de vérifier que ces adaptations respectent les prescriptions du DTU 31.2 et de l’Eurocode 5, notamment en ce qui concerne les ancrages aux murs de refend ou aux poutres principales. Un renforcement bien pensé permet de conserver un plancher parfaitement rigide autour de la cage d’escalier, gage de confort et de durabilité.
Trémie d’escalier : conception et intégration dans le système constructif bois
La trémie d’escalier joue un rôle central dans l’intégration de l’escalier dans une structure en ossature bois. Elle conditionne non seulement le confort d’usage (échappée, largeur de passage, luminosité), mais aussi la manière dont les charges sont reportées dans le plancher et les murs porteurs. Une trémie mal dimensionnée ou mal positionnée peut entraîner des contraintes excessives sur certaines solives, des problèmes d’acoustique, voire des difficultés à faire passer les réseaux techniques. D’où l’importance de la concevoir dès l’esquisse du projet, en collaboration avec le bureau d’études structure et, si possible, le menuisier qui fabriquera l’escalier.
Dimensionnement de la trémie selon le type d’escalier : droit, quart-tournant ou hélicoïdal
Les dimensions de la trémie varient fortement selon le type d’escalier choisi. Un escalier droit nécessite généralement une trémie allongée, dont la longueur dépend du nombre de marches et du giron, tandis qu’un escalier quart-tournant ou hélicoïdal permet de compacter le développement en plan. On considère en règle générale qu’une largeur utile de 80 à 90 cm constitue un minimum pour un escalier confortable dans une maison à ossature bois, mais il n’est pas rare de viser 100 cm pour un escalier principal, afin de faciliter les déménagements et la circulation quotidienne.
Le dimensionnement doit également garantir une échappée conforme aux usages, c’est-à-dire une hauteur libre minimale de 2,00 m à 2,10 m entre le nez des marches et le dessous du plancher ou de tout obstacle en surplomb. Cette contrainte est parfois sous-estimée et peut conduire à des trémies trop petites, obligeant à « casser le dos » en montant ou descendant. Pensez votre trémie comme une véritable pièce verticale au cœur de la maison ossature bois : elle doit être suffisamment généreuse pour accueillir l’escalier, la main courante, les garde-corps et, éventuellement, un éclairage intégré ou un puits de lumière.
Chevêtre et solives d’enchevêtrure : assemblage par sabots métalliques simpson Strong-Tie
Autour de la trémie, le rôle du chevêtre est de reprendre les charges des solives interrompues et de les transférer vers les solives d’enchevêtrure. Dans une structure en ossature bois moderne, ces assemblages sont le plus souvent réalisés à l’aide de sabots métalliques préfabriqués, tels que ceux de la gamme Simpson Strong-Tie. Ces connecteurs offrent l’avantage d’une résistance mécanique certifiée, avec des valeurs de charges admissibles clairement indiquées, ce qui facilite la vérification des assemblages selon l’Eurocode 5.
Le chevêtre doit être dimensionné comme une poutre secondaire, souvent doublée, et fixé par des sabots adaptés à la section des solives (par exemple des sabots pour 75 × 250 mm). L’utilisation de pointes annelées ou de vis structurelles homologuées est indispensable pour garantir la tenue à long terme, en particulier en présence de vibrations dues au passage sur l’escalier. Vous pouvez imaginer ce système comme une chaîne de maillons : chaque sabot, chaque vis, chaque about de solive participe à la transmission des efforts. Il suffit qu’un maillon soit sous-dimensionné pour que l’ensemble devienne vulnérable.
Traitement des jonctions entre plancher OSB et ouverture de trémie
Le plancher en OSB (souvent OSB 3 de 18 à 22 mm) doit être soigneusement arrêté en périphérie de la trémie afin de garantir une continuité mécanique et acoustique satisfaisante. Les rives de panneaux, qui ne reposent plus sur des solives continues, doivent être supportées par des entretoises ou des solives de rive, fixées solidement aux solives d’enchevêtrure. Sans ce renfort, les bords du plancher risquent de fléchir ou de grincer au passage, ce qui nuit au confort et peut créer des désordres dans les finitions (fentes dans les joints de plaques de plâtre, par exemple).
Il est également judicieux de traiter soigneusement les joints entre panneaux d’OSB au droit de la trémie, en utilisant une colle adaptée dans les rainures-languettes et, si nécessaire, en prévoyant un joint de dilatation contrôlé. L’objectif est de laisser au bois la possibilité de travailler sans provoquer de déformations inesthétiques ni de bruits parasites. En quelque sorte, vous créez une « ceinture » rigide autour de l’ouverture, tout en ménageant de fines libertés de mouvement pour accompagner les variations hygrométriques de la maison ossature bois.
Renforcement de l’ossature murale adjacente pour report de charges
Les murs adjacents à la cage d’escalier participent souvent au contreventement et au report des charges du plancher. Dans une ossature bois, cela se traduit par le doublage, voire le triplage, de certains montants au droit des ancrages de l’escalier ou des appuis de chevêtres. Si vous fixez un limon sur un mur d’ossature, il est indispensable de prévoir des montants renforcés derrière le parement (placoplâtre, parement bois) afin que les efforts ne soient pas repris uniquement par le revêtement de finition.
Ce renforcement peut prendre la forme de montants jumelés (section 2 × 45 × 220 mm par exemple), reliés par des entretoises, ou de potelets spécifiques en lamellé-collé venant se reprendre sur la lisse basse et la lisse haute. Vous assurez ainsi une continuité des efforts depuis le limon jusqu’aux fondations ou à la structure porteuse principale. Cette approche est d’autant plus importante lorsque la cage d’escalier est ouverte sur plusieurs niveaux, car elle contribue aussi à la stabilité globale du voile de contreventement.
Compatibilité entre dilatation du bois et fixations mécaniques de l’escalier
Le bois est un matériau vivant, particulièrement dans une maison à ossature bois récente où le taux d’humidité met plusieurs mois à se stabiliser. Les mouvements de retrait, de gonflement et de fluage peuvent atteindre plusieurs millimètres, voire plus, sur la hauteur d’un niveau. Or, un escalier en bois ou même un escalier mixte bois/métal est un élément relativement rigide. Si vous le fixez de manière trop contraignante à la structure, ces mouvements différentiels peuvent engendrer des tensions, des grincements ou des fissurations dans les parements. L’objectif est donc de concevoir des fixations qui accompagnent ces variations sans perdre en sécurité.
Gestion du retrait et du fluage du bois d’ossature en phase de séchage
Dans les premiers mois suivant la construction, le bois d’ossature se rétracte principalement dans le sens radial et tangentiel, ce qui peut provoquer un tassement global des niveaux de plusieurs millimètres. Ce phénomène de fluage différé est pris en compte dans les calculs de structure, mais il a aussi des conséquences pratiques sur la liaison avec l’escalier. Par exemple, un escalier qui prend appui en haut sur la marche palière fixée au plancher et en bas sur une dalle béton relativement inerte sera soumis à un « rapprochement » progressif de ses deux appuis.
Pour éviter les désordres, il est courant de prévoir des jeux de 5 à 10 mm aux points sensibles, comblés par des joints souples ou des plinthes. Vous pouvez également différer la pose définitive de certains habillages (plinthes, contremarches décoratives) de quelques mois, le temps que la maison atteigne un équilibre hygrométrique. Une bonne ventilation et un chauffage régulier pendant la première année contribuent à stabiliser plus rapidement le comportement du bois et à limiter les amplitudes de mouvement.
Systèmes de fixation ajustables pour limons sur platine métallique
Pour concilier rigidité et adaptabilité, les systèmes de fixation ajustables constituent une solution particulièrement pertinente. Les platines métalliques réglables, fixées sur le sol ou sur le mur, permettent d’ancrer les limons tout en autorisant un réglage en hauteur ou en inclinaison lors de la pose. Certaines platines sont conçues avec des lumières oblongues ou des ensembles vis/écrou assurant une micro-réglabilité de quelques millimètres, très utile pour compenser les défauts de planéité ou les variations dimensionnelles.
Imaginez ces platines comme les « amortisseurs » de votre escalier dans l’ossature bois : elles absorbent une partie des déformations de la structure tout en maintenant l’escalier fermement en place. Lors de la conception, pensez à laisser un accès discret à ces organes de réglage, par exemple derrière une contremarche amovible ou au travers d’un petit trappe, afin de pouvoir intervenir en cas de nécessité ultérieure (réglage après tassement, remplacement d’une vis corrodée, etc.).
Isolation phonique des points d’ancrage par plots élastomères sylomer
Les bruits d’impact générés par la circulation sur un escalier peuvent facilement se transmettre à la structure en ossature bois si les ancrages sont entièrement rigides. Pour limiter cette propagation, il est judicieux d’intercaler des plots ou des bandes élastomères, comme ceux en matériau Sylomer, entre les limons et la structure porteuse. Ces éléments, utilisés depuis longtemps dans le domaine de l’isolation vibratoire, agissent comme de petites « semelles » amortissantes qui filtrent une grande partie des hautes fréquences sonores.
Concrètement, on peut par exemple poser des cales de Sylomer sous les platines d’appui des limons ou entre le limon et le mur ossature bois, avant de serrer modérément les fixations mécaniques. La difficulté consiste à trouver le bon compromis entre souplesse acoustique et rigidité structurelle : trop de souplesse pourrait induire une sensation de « flottement » de l’escalier. Les fabricants fournissent généralement des abaques de dimensionnement en fonction des charges à reprendre et de la fréquence cible d’isolation, ce qui permet d’adapter précisément la solution au projet.
Coordination des réseaux techniques et passage des gaines dans la zone escalier
La zone de l’escalier, dans une maison à ossature bois, est souvent traversée par de nombreux réseaux : électricité, VMC, chauffage, parfois plomberie. Sans une coordination précise entre le lot structure et les lots techniques, le risque est grand de se retrouver avec des gaines qui croisent la trémie, des percements intempestifs dans les solives ou les montants d’ossature, voire des interventions de dernière minute qui affaiblissent la structure. Intégrer ces contraintes dès la conception permet d’éviter ces « rattrapages » coûteux et de préserver la performance globale de l’ouvrage.
Percement des montants d’ossature selon les règles du DTU 31.2
Le DTU 31.2 encadre strictement les percements dans les montants d’ossature afin de ne pas compromettre leur résistance. Les règles usuelles imposent de limiter le diamètre des percements à un pourcentage de la largeur du montant (souvent 1/3 au maximum) et de respecter des distances minimales par rapport aux extrémités et aux autres percements. Dans la zone de la cage d’escalier, où certains montants sont déjà sollicités par les ancrages des limons et des garde-corps, il est d’autant plus important de respecter ces prescriptions.
En pratique, on privilégie le passage des gaines dans les zones peu chargées : doublages de cloisons, faux-plafonds en sous-face de l’escalier, ou vides techniques prévus entre deux rangées de montants. Lorsque des percements sont incontournables dans un montant porteur, ils doivent être soigneusement repérés sur les plans d’exécution et réalisés avec des outils adaptés pour éviter toute fissuration. Vous pouvez voir cela comme un « trajet fléché » pour les réseaux, pensé en amont pour ne jamais empiéter sur les composants structurels clés.
Intégration du système électrique et éclairage encastré dans la trémie
L’escalier et sa trémie offrent de belles opportunités d’éclairage architectural : spots encastrés dans les contremarches, rubans LED sous les nez de marches, appliques murales ou suspensions au centre de la cage. Dans une maison à ossature bois, ces dispositifs doivent être anticipés afin d’intégrer leurs gaines dans les cloisons et les planchers sans multiplier les percements de dernière minute. Cela suppose de définir très tôt l’emplacement des points lumineux, des interrupteurs (ou commandes domotiques) et éventuels détecteurs de présence.
Pour l’éclairage encastré, les boîtiers doivent être compatibles avec les supports bois et les isolants mis en œuvre, en respectant les distances de sécurité vis-à-vis des matériaux combustibles. Il est conseillé d’utiliser des boîtes de dérivation accessibles depuis un placard ou un faux-plafond, plutôt que de les « enfermer » derrière un parement inamovible. Vous créez ainsi un système électrique à la fois esthétique et maintenable, parfaitement intégré à la logique constructive de la maison ossature bois.
Passage de la VMC et des conduits de chauffage autour de la cage d’escalier
La cage d’escalier joue parfois le rôle de puits de ventilation naturelle, ce qui influence l’implantation des bouches de VMC et des diffuseurs de chauffage. Toutefois, il est rarement souhaitable de faire passer des conduits importants à travers la trémie ou les solives chevêtrées, car cela complexifie le dimensionnement et les assemblages. On privilégiera plutôt des cheminements en périphérie, dans les combles ou les faux-plafonds, avec des piquages qui débouchent à proximité de l’escalier sans traverser les zones les plus sollicitées structurellement.
Pour le chauffage, certaines configurations utilisent l’escalier comme zone de stratification de l’air chaud, avec un poêle en pied de cage par exemple. Dans ce cas, l’enjeu n’est pas seulement technique mais aussi réglementaire, notamment en matière de sécurité incendie et de désenfumage. Une concertation étroite entre le thermicien, le charpentier et le menuisier d’escalier permet de trouver des solutions élégantes qui tirent parti de ce volume vertical sans en faire un « four » en été ni un couloir de propagation du feu.
Traitement acoustique et isolation phonique spécifique aux escaliers bois
Les escaliers en bois dans une maison à ossature bois sont souvent pointés du doigt pour leurs bruits de pas, de grincement ou de résonance. Pourtant, avec un traitement acoustique approprié, il est tout à fait possible d’obtenir un niveau de confort sonore comparable à celui d’une construction maçonnée. L’enjeu principal est de limiter la transmission des bruits solidiens (liés aux chocs) et aériens (liés à la parole, à la musique) à travers la structure légère du bâtiment.
Désolidarisation des marches par bandes résilientes en caoutchouc EPDM
Une première stratégie consiste à désolidariser partiellement les marches de leurs supports (limons, crémaillères, structures métalliques) à l’aide de bandes résilientes en caoutchouc EPDM. Posées sous les marches ou sur les appuis, ces bandes agissent comme des joints amortisseurs qui réduisent la transmission des chocs. C’est un peu l’équivalent des semelles en caoutchouc de vos chaussures : elles n’empêchent pas la marche, mais elles en adoucissent l’impact.
La mise en œuvre doit être soignée : les bandes ne doivent pas être interrompues sur toute la largeur utile de la marche, et la fixation mécanique (vis, tirefonds) doit, autant que possible, traverser le matériau résilient sans le comprimer totalement. Dans certains systèmes, on utilise même des rondelles spécifiques ou des bagues isolantes pour éviter que la vis ne constitue un « pont acoustique » direct entre la marche et le support. Cette approche est particulièrement efficace dans les escaliers droits à limons latéraux, mais elle peut aussi être adaptée aux escaliers quart-tournants ou à limon central.
Mise en œuvre de laine minérale haute densité dans le volume sous escalier
Le volume sous l’escalier, souvent utilisé comme placard ou laissé ouvert, peut devenir une véritable caisse de résonance si rien n’est prévu pour absorber le son. Remplir ce volume, au moins partiellement, avec une laine minérale haute densité (laine de roche ou laine de verre) permet d’atténuer significativement les bruits aériens. L’isolant est généralement placé derrière un parement (plaque de plâtre, panneaux de fibre de bois, lambris) afin de le protéger et d’offrir une finition esthétique.
Dans le cas d’une maison à ossature bois, cette solution s’intègre naturellement au système constructif, puisque les entraxes de montants et de solives se prêtent bien à la pose de panneaux semi-rigides. Vous transformez ainsi un simple « vide » sous escalier en un élément actif de votre stratégie acoustique, tout en pouvant l’aménager pour du rangement ou des équipements techniques (tableau électrique secondaire, par exemple) sans compromettre le confort phonique.
Atténuation des bruits d’impact selon les exigences de la NRA
La Nouvelle Réglementation Acoustique (NRA) fixe des objectifs de performance pour les bruits d’impact, en particulier dans les bâtiments collectifs. Même si votre projet de maison à ossature bois individuelle n’est pas soumis aux mêmes exigences, il est pertinent de s’en inspirer pour garantir un haut niveau de confort. L’objectif est de limiter la transmission des chocs des marches vers les pièces adjacentes, notamment les chambres situées à l’étage ou en-dessous de la cage d’escalier.
En complément des bandes résilientes et de l’isolation du volume sous escalier, plusieurs leviers peuvent être activés : choix d’un revêtement de marche légèrement souple (bois massif huilé plutôt que carrelage collé, par exemple), désolidarisation des garde-corps des parois rigides, traitement acoustique du plafond sous l’escalier. On peut comparer cette démarche à un « puzzle » où chaque pièce contribue un peu à la performance globale : aucune solution magique ne suffit seule, mais la combinaison de plusieurs détails bien pensés permet d’atteindre un résultat très satisfaisant.
Conformité réglementaire et sécurité incendie dans les bâtiments à ossature bois
La sécurité incendie est un enjeu majeur dès lors que l’on travaille dans une structure en ossature bois, et l’escalier occupe une place particulière puisqu’il constitue souvent la voie d’évacuation principale. Si la réglementation est plus stricte pour les bâtiments collectifs ou de grande hauteur, les maisons individuelles doivent elles aussi respecter un certain nombre de principes issus de l’arrêté du 31 janvier 1986 et des textes ultérieurs. L’objectif n’est pas seulement de protéger la structure porteuse, mais aussi de garantir le temps nécessaire à l’évacuation des occupants.
Résistance au feu REI des éléments porteurs selon l’arrêté du 31 janvier 1986
La résistance au feu des éléments porteurs en bois est caractérisée par les classes REI (Résistance, Étanchéité, Isolation) exprimées en minutes. Dans les bâtiments soumis à l’arrêté du 31 janvier 1986, les planchers et murs porteurs doivent atteindre des performances telles que REI 30, 60 ou plus, selon la catégorie de bâtiment. Dans une maison à ossature bois, cette résistance est généralement obtenue par la combinaison de l’épaisseur du bois et des parements protecteurs (plaques de plâtre, panneaux de fibres-gypse, etc.).
Au droit de la trémie d’escalier, il est crucial de ne pas affaiblir cette résistance en réalisant des percements ou des allégements non prévus par l’étude de structure et le dossier de sécurité incendie. L’escalier lui-même, s’il est en bois, doit être conçu pour conserver une stabilité minimale en cas de feu, de manière à ne pas s’effondrer prématurément. Cela peut passer par le choix d’essences plus denses, de sections généreuses ou de protections complémentaires, en particulier pour les limons et les marches porteuses.
Protection des structures bois par plaques de plâtre type placo firestop
Les plaques de plâtre haute performance feu, telles que les plaques de type Placo Firestop ou équivalentes, sont largement utilisées pour protéger les structures en bois et améliorer leur résistance au feu. Autour de la cage d’escalier, leur rôle est double : constituer un écran thermique qui retarde la carbonisation du bois d’ossature et limiter la propagation des flammes et des fumées entre niveaux. L’épaisseur et le nombre de parements (simple ou double peau) sont déterminés en fonction des objectifs REI visés.
La mise en œuvre doit être particulièrement soignée au droit des liaisons trémie/plancher et trémie/murs, où des continuités de parement doivent être assurées pour éviter les « fuites » de feu. Les joints entre plaques sont traités avec des enduits et bandes adaptés, et les éventuels passages de gaines sont calfeutrés avec des produits coupe-feu homologués (mousses, mastics, colliers). En d’autres termes, la cage d’escalier doit être envisagée comme un volume à compartimenter efficacement, et non comme un simple vide au milieu de la maison ossature bois.
Dimensionnement des garde-corps selon la norme NF P01-012
Enfin, la sécurité des personnes utilisant l’escalier est encadrée par la norme NF P01-012, qui définit les exigences de conception des garde-corps. Ceux-ci doivent résister à des efforts horizontaux minimums (par exemple 60 daN/m en logement individuel) et respecter des hauteurs et des espacements de remplissage limitant les risques de chute, en particulier pour les enfants. Dans une maison à ossature bois, les garde-corps de la trémie sont généralement fixés sur les solives de rive ou sur des renforts spécifiques intégrés au plancher.
Le dimensionnement doit donc prendre en compte ces efforts de poussée horizontale, en veillant à ce que les ancrages ne se fassent pas uniquement dans les parements, mais bien dans la structure porteuse (solives, montants renforcés, poutres lamellé-collé). La liaison entre le garde-corps de trémie et la rampe d’escalier doit également être pensée pour éviter tout point faible. Là encore, on retrouve l’image de la chaîne de maillons : un garde-corps parfaitement calculé mais mal fixé à la structure n’apportera pas le niveau de sécurité attendu. En anticipant ces contraintes dès la conception de la maison ossature bois, vous garantissez un escalier à la fois esthétique, confortable et conforme aux exigences réglementaires.



