Dans l’architecture contemporaine des bâtiments professionnels et des établissements recevant du public, l’escalier de service occupe une place stratégique souvent méconnue du grand public. Contrairement aux escaliers principaux destinés à la circulation quotidienne des usagers, ces infrastructures verticales répondent à des exigences techniques précises et jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement opérationnel des bâtiments. Leur conception obéit à un cadre réglementaire strict, défini par le Code de la construction et de l’habitation, qui garantit à la fois la sécurité des utilisateurs et l’efficacité des opérations de maintenance.
Ces éléments architecturaux, bien que discrets, constituent l’épine dorsale logistique des immeubles tertiaires, industriels et des établissements publics. Ils facilitent non seulement l’accès du personnel technique aux différents niveaux, mais permettent également le transport vertical d’équipements lourds et l’accès aux installations techniques critiques. Leur dimensionnement et leur positionnement stratégique influencent directement l’efficacité opérationnelle et les coûts de maintenance d’un bâtiment sur l’ensemble de sa durée de vie.
Définition technique et réglementation de l’escalier de service selon le code de la construction
Le Code de la construction et de l’habitation français définit l’escalier de service comme une circulation verticale spécialement conçue pour les besoins opérationnels et de maintenance d’un bâtiment. Cette définition juridique distingue clairement ces installations des escaliers principaux destinés au public et des escaliers de secours réservés aux évacuations d’urgence.
Classification réglementaire des escaliers de service dans les ERP et IGH
Dans les Établissements Recevant du Public (ERP), la classification des escaliers de service obéit à l’arrêté du 25 juin 1980 modifié. Ces escaliers sont catégorisés selon leur usage : escaliers de service technique pour l’accès aux locaux techniques, escaliers de desserte logistique pour le transport de matériel, et escaliers d'exploitation pour les activités quotidiennes du personnel.
Pour les Immeubles de Grande Hauteur (IGH), la réglementation impose des contraintes supplémentaires définies par l’arrêté du 30 décembre 2011. Les escaliers de service doivent respecter des exigences de résistance au feu renforcées et disposer d’une ventilation mécanique contrôlée spécifique.
Différenciation architecturale avec l’escalier principal et l’escalier de secours
L’escalier de service se distingue de l’escalier principal par plusieurs caractéristiques fondamentales. Tandis que l’escalier principal privilégie le confort et l’esthétique pour une utilisation intensive par le public, l’escalier de service optimise la fonctionnalité et la robustesse pour un usage professionnel. Cette différenciation se traduit par des dimensions adaptées au transport d’équipements et des matériaux privilégiant la résistance à l’usure.
Par rapport aux escaliers de secours, les escaliers de service ne sont pas soumis aux mêmes contraintes d’évacuation d’urgence, mais doivent néanmoins respecter des normes de sécurité strictes. Ils peuvent intégrer des paliers de repos plus fréquents et des largeurs variables selon les besoins opérationnels spécifiques.
Normes NF P01-012
La norme NF P01-012 encadre notamment les proportions et la géométrie des marches des escaliers de service, afin de garantir une circulation verticale sécurisée. Elle définit la relation entre la hauteur de marche, le giron et la pente générale de l’escalier, en imposant une régularité stricte de ces dimensions sur l’ensemble de la volée. L’objectif est d’éviter les variations de rythme qui surprennent l’utilisateur et augmentent le risque de chute, en particulier lorsque le personnel transporte du matériel.
Normes NF P01-012 et dimensions minimales réglementaires
Concrètement, pour un escalier de service dans un bâtiment professionnel, la hauteur de marche doit en principe se situer entre 16 et 17 cm, avec un giron minimal de 28 cm. La formule dite de Blondel (2h + g = 60 à 64 cm) reste la référence pour assurer un confort de pas acceptable, même lorsque l’escalier est principalement utilisé par du personnel technique. La pente de l’escalier se trouve ainsi généralement comprise entre 30° et 35°, ce qui permet un bon compromis entre encombrement au sol et sécurité d’utilisation.
La norme NF P01-012 impose également la régularité des marches : l’écart de hauteur entre deux marches successives ne doit pas dépasser quelques millimètres. Dans un escalier de service, cet aspect est crucial, car les utilisateurs sont souvent concentrés sur la manipulation de charges plutôt que sur la lecture visuelle de chaque marche. Un défaut de régularité, même faible, peut entraîner des déséquilibres, d’autant plus dangereux que les mains sont occupées par des équipements ou des outils.
En complément, la largeur utile de l’escalier, le dimensionnement des paliers de repos, ainsi que la position des nez de marche antidérapants sont également cadrés par ce référentiel. Pour un escalier de service en ERP, une largeur minimale de 1,20 m est généralement retenue, afin de permettre le croisement de deux personnes ou le passage d’un chariot de manutention léger. Cette largeur peut être ajustée à la hausse en fonction du nombre de personnes desservies et des besoins logistiques spécifiques du bâtiment.
Matériaux autorisés et résistance au feu M1 pour les revêtements
Le choix des matériaux pour un escalier de service n’est jamais neutre : il conditionne sa durabilité, sa facilité d’entretien, mais aussi son comportement en cas d’incendie. Dans les ERP et IGH, les revêtements doivent généralement présenter au minimum une classification au feu M1 (ou équivalent Euroclasse type B-s1, d0), c’est-à-dire être non inflammables ou difficilement inflammables. Cette exigence vise à limiter le développement du feu et la production de fumées toxiques dans les circulations verticales.
Les structures d’escaliers de service sont le plus souvent réalisées en acier galvanisé ou en béton armé, deux matériaux présentant une bonne résistance mécanique et un comportement prévisible en cas de sinistre. Les revêtements de marches et de paliers privilégient les matériaux antidérapants : grilles caillebotis métalliques, dalles minérales, résines techniques ou revêtements vinyles classés M1. Vous recherchez un escalier résistant dans un environnement industriel humide ou poussiéreux ? Les solutions à base de caillebotis et de profils métalliques perforés sont particulièrement adaptées.
Au-delà de la réaction au feu, la réglementation impose aussi de prendre en compte la résistance au feu de l’ensemble de l’ouvrage (stabilité au feu pendant une durée donnée). Dans les IGH notamment, les escaliers de service doivent souvent être intégrés dans des circulations encloisonnées bénéficiant d’une protection coupe-feu renforcée (EI 60, EI 90, voire plus selon les cas). Le dimensionnement des profils métalliques, la protection par peinture intumescente ou par encoffrement en plaques de plâtre haute performance sont alors déterminants pour atteindre les performances exigées.
Fonctions opérationnelles de l’escalier de service dans les bâtiments professionnels
Au-delà des textes réglementaires, l’escalier de service remplit un ensemble de fonctions opérationnelles essentielles dans les immeubles de bureaux, les hôpitaux, les centres commerciaux ou les sites industriels. On peut le comparer à un « circuit technique caché » qui permet au bâtiment de fonctionner sans perturber la circulation du public. Son rôle dépasse largement la simple fonction de liaison verticale : il structure la logistique interne, la maintenance et parfois même la sécurité d’exploitation.
Dans les projets de construction neuve comme dans la rénovation d’ERP, le positionnement de ces escaliers est étudié dès les premières phases de conception. Mal placés ou sous-dimensionnés, ils peuvent générer au quotidien des allongements de parcours, des surcoûts de maintenance et des risques accrus de troubles musculo-squelettiques pour les équipes. À l’inverse, un escalier de service bien pensé contribue à fluidifier les flux internes, à réduire les temps d’intervention et à améliorer le confort de travail des techniciens.
Circulation du personnel de maintenance et des équipes techniques
L’escalier de service est avant tout l’outil privilégié du personnel de maintenance, des agents d’exploitation et des prestataires techniques. Il leur permet de rejoindre rapidement les locaux techniques, les toitures, les sous-sols ou les niveaux de parkings, sans emprunter les circulations principales. Vous imaginez un technicien traversant un hall d’accueil bondé avec sa caisse à outils ? L’escalier de service évite précisément ce type de situation, en séparant les flux publics des flux techniques.
Dans les bâtiments soumis à une forte exploitation (centres hospitaliers, data centers, plateformes logistiques), cette séparation est aussi une question de sécurité et de confidentialité. Les équipes techniques peuvent intervenir discrètement sur les installations sans gêner l’accueil du public ni perturber les activités commerciales. De plus, en cas d’incident sur un équipement (fuite, surchauffe, alarme technique), l’escalier de service offre un itinéraire direct et sécurisé pour rejoindre la zone concernée, sans devoir composer avec l’affluence des utilisateurs.
Sur le plan ergonomique, la largeur de l’escalier, le dimensionnement des paliers et la qualité de l’éclairage sont essentiels pour limiter la fatigue et le risque d’accident du travail. Dans de nombreux retours d’expérience, un escalier de service bien conçu contribue à réduire le temps moyen d’intervention et le nombre d’accidents liés aux déplacements internes. C’est donc un véritable outil de performance globale du bâtiment.
Transport vertical des équipements et matériels d’entretien
Autre fonction clé : le transport vertical des équipements, consommables et matériels d’entretien. Chariots de ménage, aspirateurs industriels, pièces détachées, cartons de fournitures, outillage électroportatif… tous ces éléments doivent circuler entre les étages sans encombrer les ascenseurs publics. L’escalier de service devient alors une sorte de « colonne vertébrale logistique » capable d’absorber ces flux discrets mais permanents.
Pour répondre à cette fonction, les escaliers de service sont souvent dotés de paliers de repos généreux, permettant la manœuvre et le retournement des chariots. Les marches présentent un giron suffisant pour assurer la stabilité des roues, tandis que les nez de marche antidérapants limitent le risque de glissement lorsque les agents transportent des charges. Dans les environnements industriels, il n’est pas rare que l’on intègre des dispositifs complémentaires (rampes pour transpalettes, passages pour petits monte-charges) en liaison directe avec l’escalier.
La robustesse des revêtements est un autre paramètre essentiel. Les chocs répétés, les frottements des roues et les projections de produits de nettoyage exigent des matériaux résistants à l’abrasion et faciles à entretenir. Un mauvais choix de revêtement peut rapidement se traduire par des dégradations prématurées, des surfaces glissantes ou des surcoûts de maintenance. D’où l’intérêt de spécifier dès la conception un escalier de service adapté à l’intensité du trafic logistique attendu.
Accès aux locaux techniques et gaines d’installations
Les escaliers de service assurent également l’accès aux locaux techniques sensibles : locaux électriques, chaufferies, salles de traitement d’air, locaux SSI (systèmes de sécurité incendie), gaines d’ascenseurs, locaux télécoms, etc. Dans les immeubles complexes, ils sont souvent connectés à des circulations horizontales techniques, situées en fond de bâtiment ou en périphérie des plateaux. On obtient alors un véritable « réseau secondaire » réservé aux exploitants.
Cette organisation permet d’isoler les interventions techniques des zones occupées par le public ou les salariés, ce qui limite les perturbations et renforce la sécurité d’accès. L’escalier de service devient la porte d’entrée privilégiée vers ces espaces, parfois classés réglementairement (locaux à risques particuliers, locaux à risques importants). Dans ce contexte, la résistance au feu des parois et des portes, la signalétique et les dispositifs de contrôle d’accès (badges, claviers) jouent un rôle de premier plan.
Pour les gaines d’installations verticales (fluides, câbles, ventilations), l’escalier de service offre souvent des points d’accès intermédiaires facilitant les opérations de contrôle, de réparation ou de remplacement. Cette proximité spatiale entre escalier technique et gaines d’installations est un facteur déterminant pour optimiser la maintenance : moins de temps perdu à chercher les cheminements, plus de réactivité en cas de panne ou de fuite, et une meilleure traçabilité des interventions.
Desserte des étages de service et zones de stockage
Dans de nombreux bâtiments tertiaires ou commerciaux, certains niveaux sont dédiés au back-office : réserves, ateliers internes, salles d’archives, cuisines de restaurant, zones de tri des déchets, etc. Ce sont les étages de service, rarement visibles par le public, mais indispensables au bon fonctionnement de l’activité. L’escalier de service est alors le lien naturel entre ces étages et les zones opérationnelles.
Par exemple, dans un centre commercial, il reliera les réserves en étage aux surfaces de vente, en permettant l’acheminement discret des marchandises. Dans un hôtel, il connectera les buanderies et offices d’étage aux couloirs de chambres, en offrant un itinéraire distinct de celui des clients. Dans un immeuble de bureaux, il reliera les archives et salles techniques aux plateaux de travail, en évitant que le personnel n’encombre les ascenseurs principaux.
Ce rôle de desserte logistique impose souvent une forte robustesse structurelle : charges roulantes, palettes, mobiliers et équipements passent régulièrement par ces escaliers. Il est donc fréquent de prévoir des profils métalliques renforcés, des gardes-corps rigides, ainsi que des protections d’angles et de parois pour résister aux chocs. Un escalier de service bien dimensionné permet d’absorber ces contraintes sans dégradation visible, tout en restant conforme aux normes de sécurité en vigueur.
Spécifications techniques et dimensionnement selon l’arrêté du 25 juin 1980
L’arrêté du 25 juin 1980, relatif à la sécurité contre les risques d’incendie et de panique dans les ERP, constitue le texte de référence pour le dimensionnement des escaliers de service. Il précise notamment les largeurs minimales, les hauteurs de marche, les caractéristiques des paliers, ainsi que les exigences en matière de main courante, de garde-corps et d’éclairage de sécurité. Même si ces escaliers ne sont pas toujours des escaliers de dégagement pour le public, ils doivent présenter un niveau de sécurité compatible avec une utilisation intensive.
Dans la pratique, les concepteurs doivent articuler les prescriptions de cet arrêté avec celles du Code de la construction, des normes NF P01-012 et NF P01-013, et le cas échéant, des textes spécifiques aux IGH. Cette superposition réglementaire peut sembler complexe, mais elle poursuit un même objectif : garantir que l’escalier de service reste un espace sûr, lisible et fonctionnel, même en cas d’incident ou de défaillance de certains équipements.
Largeur minimale de 1,20 m et calcul de l’unité de passage
Dans les ERP, la largeur minimale d’un escalier est étroitement liée au concept d’unité de passage (UP), qui sert à dimensionner les dégagements en fonction de l’effectif à évacuer. Même lorsque l’escalier de service n’est pas la voie principale d’évacuation du public, l’arrêté du 25 juin 1980 recommande généralement une largeur d’au moins 1,20 m pour les escaliers desservant plusieurs niveaux. Cette valeur permet le croisement de deux personnes ou le passage d’un agent avec un chariot.
Le calcul des unités de passage reste pertinent lorsque l’escalier de service contribue, totalement ou partiellement, aux itinéraires d’évacuation. Une UP correspond en règle générale à 0,60 m de largeur, avec des arrondis particuliers selon la catégorie d’ERP. Ainsi, un escalier de 1,20 m offre 2 UP, un escalier de 1,40 m environ 2,33 UP, etc. Pour des escaliers exclusivement techniques, la largeur peut parfois être adaptée, mais il est fortement conseillé de ne pas descendre en dessous de 0,90 m, sous peine de pénaliser gravement l’exploitation quotidienne.
En pratique, de nombreux maîtres d’ouvrage choisissent de sur-dimensionner légèrement la largeur réglementaire, afin d’anticiper les évolutions de l’effectif ou de l’usage du bâtiment. Vous envisagez d’installer de nouveaux équipements volumineux à l’étage, ou de convertir des locaux techniques en zones de stockage ? Une largeur d’escalier un peu plus généreuse aujourd’hui peut éviter des travaux lourds et coûteux demain.
Hauteur de marche maximale de 17 cm et giron minimal de 28 cm
L’arrêté du 25 juin 1980 renvoie aux normes en vigueur pour la géométrie des marches, mais retient des valeurs de référence largement partagées dans la profession : hauteur de marche maximale de 17 cm et giron minimal de 28 cm. Ces dimensions permettent de limiter l’effort à fournir lors de la montée, surtout pour un personnel équipé de charges ou d’outils. À l’échelle d’un escalier de plusieurs niveaux, quelques millimètres de plus ou de moins font une différence notable sur la fatigue ressentie.
La combinaison hauteur/giron doit respecter la règle de confort du pas humain, afin d’éviter les escaliers trop raides ou au contraire trop plats, qui deviennent inconfortables et potentiellement dangereux. Dans les escaliers de service, la tendance est souvent de privilégier un giron généreux, quitte à augmenter légèrement la longueur totale de la volée. Cela facilite le positionnement des pieds, la stabilité des chariots et la sécurité lors de la descente, qui reste la phase la plus accidentogène.
Le nombre maximal de marches entre deux paliers est également encadré : on recommande de limiter à 25 marches consécutives pour préserver le confort et la sécurité. Les paliers intermédiaires jouent un double rôle : ils offrent un point de repos en cas d’effort prolongé, et ils servent de zone tampon en cas de chute, en interrompant la dynamique de la descente. Dans un escalier de service, ces paliers sont souvent utilisés comme zones de manœuvre pour les équipements roulants.
Main courante obligatoire et garde-corps selon NF P01-013
Les dispositifs de protection latérale sont régis par la norme NF P01-013, qui définit les caractéristiques des garde-corps et des mains courantes dans les bâtiments. Dans un escalier de service, la présence d’une main courante continue est obligatoire dès que la hauteur de chute potentielle dépasse 1 m. Elle doit être située à une hauteur comprise autour de 0,90 m, être facilement préhensible, et se prolonger horizontalement en haut et en bas de l’escalier d’au moins 30 cm.
Les garde-corps doivent empêcher le passage d’un corps ou d’un objet dangereux, avec des barreaudages ou remplissages adaptés. Dans un contexte professionnel, on privilégie souvent des garde-corps métalliques pleins, ou des remplissages en tôle perforée ou en panneaux de verre feuilleté dans les bâtiments tertiaires haut de gamme. Au-delà de l’aspect réglementaire, la qualité de la main courante a un impact direct sur la sécurité du personnel, notamment lors des descentes rapides avec des outils ou du matériel à la main.
Dans les escaliers de service d’ERP recevant des publics variés, y compris des personnes à mobilité réduite (PMR) ou des personnes ayant une déficience visuelle, il est recommandé de soigner particulièrement la continuité des mains courantes, les contrastes de couleur, et la perception tactile des points de départ et d’arrivée de volée. Ces détails, souvent perçus comme secondaires, font pourtant la différence au quotidien pour l’accessibilité et la prévention des chutes.
Éclairage de sécurité et signalétique directionnelle
L’escalier de service, même s’il n’est pas toujours ouvert au public, doit bénéficier d’un éclairage de sécurité conforme à la réglementation des ERP. Cela signifie que, en cas de coupure du réseau normal, un éclairage de remplacement doit être disponible pour assurer un niveau minimal de visibilité, permettant la circulation et, si nécessaire, l’évacuation. La réglementation vise en particulier les escaliers participant aux dégagements et aux cheminements vers les sorties.
Les blocs autonomes d’éclairage de sécurité (BAES) ou les luminaires alimentés par une source centralisée sont positionnés de manière à éviter les zones d’ombre, notamment au niveau des paliers et des changements de direction. En fonctionnement normal, l’éclairage doit être suffisant pour permettre la lecture des marches, des nez de marche et des éventuels balisages au sol. Un escalier de service mal éclairé est souvent à l’origine de faux pas, d’accidents du travail et de difficultés lors des interventions techniques de nuit.
La signalétique directionnelle joue aussi un rôle important : pictogrammes d’issue de secours, repérage des niveaux, indication des locaux techniques desservis, consignes de sécurité… Ces éléments permettent au personnel comme aux intervenants extérieurs de se repérer rapidement dans le bâtiment. Dans les grands complexes (centres hospitaliers, centres commerciaux, IGH), un système cohérent de numérotation des étages et de codification des escaliers de service (A, B, C, etc.) facilite grandement les opérations d’exploitation et d’évacuation.
Intégration architecturale et positionnement dans les bâtiments tertiaires
Si l’escalier de service est souvent perçu comme un espace purement fonctionnel, son intégration architecturale n’en demeure pas moins stratégique. Dans les bâtiments tertiaires contemporains, où la flexibilité des plateaux et la qualité d’usage sont devenues essentielles, la position des escaliers de service conditionne la modularité des espaces, la circulation des flux et le potentiel d’évolution future du bâtiment. Mal placé, il peut devenir une contrainte ; bien pensé, il se transforme en atout discret mais décisif.
Les concepteurs cherchent généralement à placer les escaliers de service en périphérie des plateaux, à proximité des noyaux techniques (ascenseurs, gaines verticales, sanitaires). Cette configuration permet de regrouper les fonctions techniques dans des zones compactes, libérant ainsi un maximum de surface utile pour les bureaux, les espaces collaboratifs ou les espaces de vente. Dans certains projets, les escaliers de service viennent également structurer les circulations intérieures en marquant les transitions entre zones publiques et zones privées.
Sur le plan architectural, l’escalier de service peut adopter des visages très différents selon le niveau de visibilité souhaité. Dans les immeubles haut de gamme, il n’est pas rare que les escaliers techniques soient traités avec le même soin que les escaliers principaux : structures métalliques apparentes, garde-corps design, éclairage indirect, couleurs contrastées. À l’inverse, dans des bâtiments purement industriels, l’option privilégiée reste souvent la simplicité et la robustesse, avec des escaliers métalliques galvanisés, largement ajourés et faciles à inspecter.
Maintenance préventive et contrôles périodiques des escaliers de service
Comme tout équipement de circulation, l’escalier de service doit faire l’objet d’une maintenance préventive régulière. Vous considérez peut-être cet escalier comme un élément immobile et sans histoire ? Dans la réalité, il subit chaque jour des sollicitations mécaniques, des chocs, des variations de température, parfois des agressions chimiques (produits de nettoyage, atmosphères industrielles). Sans entretien, ces contraintes finissent par générer des désordres : corrosion, déformations, usure des revêtements, perte d’adhérence, jeux dans les fixations.
Un plan de maintenance préventive bien structuré comprend au minimum des inspections visuelles périodiques (état des marches, des nez de marche, des garde-corps, de la main courante), la vérification de l’éclairage de sécurité, le contrôle de la signalétique et le nettoyage régulier des sols. Dans les escaliers métalliques, les points sensibles concernent les soudures, les ancrages dans la structure, les zones de stagnation d’eau ou de poussières, ainsi que les protections anticorrosion.
Selon la nature de l’établissement (ERP, IGH, site industriel), des vérifications réglementaires peuvent être imposées par les autorités ou recommandées par les assureurs. Elles peuvent s’intégrer aux visites de la commission de sécurité, aux audits de conformité ou aux plans de prévention des risques professionnels. L’objectif est d’anticiper les défaillances, plutôt que de réagir après un incident ou un accident du travail. En pratique, une simple marche descellée, un nez de marche abîmé ou un éclairage défaillant peut suffire à provoquer une chute grave.
La traçabilité des interventions (fiches d’inspection, rapports de contrôle, registres de sécurité) est indispensable pour démontrer que le maître d’ouvrage remplit ses obligations en matière de sécurité. Elle permet aussi d’identifier les zones les plus sollicitées ou les matériaux les moins résistants, pour adapter les choix techniques lors de futurs travaux de rénovation ou de remplacement d’escaliers de service.
Évolutions contemporaines et escaliers de service intelligents
Avec la généralisation des bâtiments connectés et des démarches de smart building, l’escalier de service connaît lui aussi des évolutions notables. Longtemps considéré comme un simple ouvrage de génie civil, il tend à devenir un élément instrumenté du bâtiment, intégré aux systèmes de gestion technique centralisée (GTC) et aux dispositifs de sécurité intelligents. On voit ainsi apparaître des escaliers de service équipés de capteurs, de balisages dynamiques et de solutions de monitoring à distance.
Par exemple, des capteurs de présence et de luminosité permettent d’ajuster automatiquement l’éclairage en fonction de l’occupation, réduisant ainsi la consommation énergétique tout en garantissant la sécurité. Des systèmes de comptage de passages peuvent fournir des données précieuses sur les flux de maintenance et l’intensité d’usage des différents escaliers, aidant à optimiser les plans d’entretien et à identifier les zones les plus critiques. Dans certains projets, des balises Bluetooth ou NFC sont intégrées pour guider les équipes techniques via des applications mobiles internes.
Les matériaux et finitions évoluent également : revêtements de marches à fort contraste visuel, surfaces autonettoyantes, traitements antidérapants longue durée, garde-corps intégrant de l’éclairage LED. Ces innovations améliorent à la fois la sécurité et le confort d’usage, tout en simplifiant la maintenance. Dans une logique de développement durable, on privilégie de plus en plus les matériaux recyclables, les traitements faibles en COV et les solutions permettant de réduire l’empreinte carbone du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie.
Enfin, la crise sanitaire récente a accéléré la réflexion sur les circulations verticales alternatives aux ascenseurs. Dans certains immeubles tertiaires, l’escalier de service est redécouvert comme un moyen de favoriser l’activité physique des occupants, en offrant des cheminements agréables et bien signalés. On voit ainsi se multiplier les projets où l’escalier de service, tout en conservant son rôle technique, se dote d’un traitement architectural plus soigné, voire d’une valorisation dans la communication interne du bâtiment. Loin d’être un simple équipement caché, il devient alors un véritable levier de performance, de sécurité et de qualité d’usage dans l’architecture contemporaine.



