L’escalier incarne bien plus qu’une simple liaison verticale dans l’architecture résidentielle contemporaine. Véritable colonne vertébrale de la distribution spatiale, il orchestre les flux de circulation, structure la perception volumétrique et influence directement la qualité d’usage d’une habitation. Dans un contexte où la densification urbaine impose une réflexion approfondie sur l’optimisation des surfaces habitables, la conception de cet élément architectural devient un enjeu majeur pour les architectes et maîtres d’ouvrage. Son positionnement, ses dimensions et sa matérialité conditionnent non seulement l’accessibilité entre les niveaux, mais également la luminosité naturelle, les performances thermiques et l’expérience spatiale des occupants. Avec 42,7% des logements français comportant plusieurs étages selon l’Insee, la maîtrise de cet élément distributif s’impose comme une compétence technique indispensable.
Typologie architecturale des escaliers et leur impact sur la circulation verticale
La forme d’un escalier détermine fondamentalement son emprise spatiale et influence directement l’organisation des volumes qu’il dessert. Chaque typologie répond à des contraintes spécifiques de gabarit, de budget et d’intention architecturale. Le choix d’une configuration plutôt qu’une autre engage des conséquences mesurables sur la surface habitable nette, la fluidité des parcours et l’identité spatiale du projet.
Escalier droit à volée unique : optimisation de l’emprise au sol
L’escalier droit constitue la solution la plus économique en termes de construction et la plus efficace pour la circulation. Sa géométrie linéaire offre une montée intuitive et confortable, particulièrement adaptée aux personnes à mobilité réduite. Pour une hauteur d’étage standard de 2,70 mètres et un respect de la formule de Blondel, cette configuration nécessite généralement une longueur de trémie comprise entre 3,50 et 4,20 mètres. L’emprise rectangulaire qu’il génère peut toutefois limiter les possibilités d’aménagement dans les constructions compactes. Cette typologie trouve son expression optimale dans les maisons individuelles disposant d’une largeur suffisante ou dans les opérations d’habitat collectif où la rationalisation des coûts prime. Sa mise en œuvre simplifie également les calculs structurels et réduit les risques d’erreur lors de l’exécution.
Escalier tournant quart-tournant et demi-tournant : compacité spatiale
Les escaliers à changement de direction s’imposent comme des solutions de compromis entre encombrement et confort d’usage. La configuration quart-tournant, avec son angle à 90 degrés, permet de libérer de l’espace au sol tout en maintenant une largeur de giron acceptable. Pour sa part, l’escalier demi-tournant, formant un U complet, concentre la circulation verticale sur une emprise au sol carrée d’environ 2,50 à 3 mètres de côté. Ces typologies nécessitent l’intégration de marches rayonnantes ou d’un palier intermédiaire, ce qui complexifie leur conception. L’angle de rotation influence directement le nombre de marches balancées requises : plus le virage est serré, plus ces marches deviennent inconfortables. Dans le contexte de l’habitat collectif, ces escaliers optimisent remarquablement la distribution des paliers d’étage tout en maintenant une qualité de cheminement satisfaisante.
Escalier hélicoïdal et colimaçon : solution pour espaces réduits
L’escalier hélicoïdal représente l’expression architecturale de la contrainte
de surface. En occupant une emprise circulaire, souvent comprise entre 1,30 et 1,80 m de diamètre dans l’habitation individuelle, il libère de précieux mètres carrés pour les pièces de vie. En contrepartie, son confort d’usage est plus limité, notamment pour le transport de charges ou pour les personnes âgées. La largeur utile des marches se réduit en effet vers le noyau central, ce qui impose de soigner le déroulé du giron en périphérie. Dans un projet où chaque mètre carré compte, l’escalier en colimaçon peut toutefois devenir un véritable levier de densification maîtrisée, à condition d’accepter un usage plus ponctuel ou secondaire.
Sur le plan architectural, l’escalier hélicoïdal offre également une forte valeur expressive. Sa silhouette sculpturale, visible depuis plusieurs points de vue, en fait parfois un élément de signature au cœur du séjour ou d’un hall d’entrée. En structure métallique ou en béton, il peut être associé à des garde-corps en verre pour renforcer l’effet de légèreté. Dans les lofts et les petites maisons de ville, cette typologie d’escalier participe ainsi à la fois à l’optimisation fonctionnelle des volumes et à la mise en scène de la circulation verticale.
Escalier suspendu et flottant : perméabilité visuelle entre niveaux
L’escalier suspendu, souvent perçu comme un escalier “flottant”, se distingue par l’absence apparente de structure porteuse sous les marches. Celles-ci sont ancrées latéralement dans un mur porteur ou reprises par des tirants métalliques, ce qui libère entièrement le volume sous l’escalier. Ce dispositif offre une perméabilité visuelle maximale entre les niveaux et limite la sensation de cloisonnement dans les espaces de vie. Dans les séjours de petite superficie, cette transparence renforce la perception de grandeur et de continuité spatiale.
D’un point de vue structurel, l’escalier suspendu exige une anticipation dès la phase de conception, notamment pour dimensionner correctement les ancrages et les renforts du mur support. Les contraintes de flèche, de vibrations et de bruit d’impact doivent être traitées avec soin pour garantir un confort équivalent à celui d’un escalier plus massif. Ce type de solution est particulièrement pertinent lorsque l’on souhaite faire de l’escalier un élément de design minimaliste, tout en conservant une distribution fluide des volumes entre rez-de-chaussée et étage. Vous le constatez : loin d’être un simple détail esthétique, le choix de la typologie d’escalier conditionne la qualité globale de la circulation verticale dans l’habitat.
Dimensionnement réglementaire selon la loi de blondel et normes DTU
Au-delà de la forme, le rôle de l’escalier dans la distribution des volumes repose sur un dimensionnement précis, encadré par la loi de Blondel et les normes DTU. Une marche trop haute, un giron trop court ou une pente excessive peuvent compromettre le confort d’usage et la sécurité des occupants. Le dimensionnement de l’escalier agit comme un réglage fin entre ergonomie, performance spatiale et respect des réglementations en vigueur. Il influence directement la longueur de la trémie, l’emprise au sol et la hauteur sous plafond disponible.
Rapport giron-hauteur : formule 2H + G entre 60 et 64 cm
La fameuse loi de Blondel, formulée au XIXe siècle, reste la référence pour concevoir un escalier confortable. Elle s’exprime par la relation 2H + G (deux hauteurs de marche plus un giron) devant idéalement se situer entre 60 et 64 cm. Ce rapport garantit un équilibre entre l’effort de levée du pied et la longueur du pas, en cohérence avec la foulée naturelle d’un adulte. Plus la hauteur de marche augmente, plus le giron doit être généreux pour limiter la sensation de raideur et l’inverse est tout aussi vrai.
Dans la pratique de l’habitat individuel, on vise généralement des hauteurs de marche comprises entre 17 et 19 cm et des girons de 24 à 28 cm. Ce calibrage impacte directement la longueur totale de l’escalier et donc l’emprise sur les volumes du rez-de-chaussée. Un escalier plus confortable nécessite plus de marches et donc une trémie plus longue ; un escalier plus raide économise de la place mais dégrade le confort et l’accessibilité. Vous devez donc arbitrer en fonction du projet : privilégier la surface habitable ou la qualité d’usage quotidienne de l’escalier.
Largeur de passage et emmarchement : normes ERP et habitations individuelles
La largeur de passage, appelée aussi emmarchement, conditionne la capacité de l’escalier à absorber les flux de circulation. Dans les habitations individuelles, une largeur minimale de 80 cm est généralement admise, mais une largeur de 90 cm à 1 m assure un croisement plus confortable de deux personnes. Dans les établissements recevant du public (ERP) et l’habitat collectif, les exigences sont plus strictes, avec des largeurs calculées en fonction des effectifs à évacuer. Ces prescriptions ont un impact direct sur la taille de la cage d’escalier et sur la surface allouée aux circulations verticales.
Augmenter l’emmarchement améliore la fonctionnalité de l’escalier mais empiète d’autant sur les pièces adjacentes. Dans un logement compact, quelques centimètres supplémentaires peuvent représenter une perte significative en surface habitable. À l’inverse, un escalier trop étroit devient rapidement inconfortable et difficile à meubler, notamment pour le passage des canapés et des gros électroménagers. L’enjeu est donc de trouver un compromis entre exigences réglementaires, gabarit des objets à transporter et optimisation des volumes disponibles.
Échappée et hauteur sous plafond : calcul de l’encombrement vertical
L’échappée désigne la hauteur libre au-dessus de chaque marche, mesurée jusqu’à l’obstacle le plus bas (plafond, solive, dessous de trémie). En France, une échappée minimale de 2,00 m est généralement requise pour garantir un passage sans risque de heurt pour les occupants. Cette contrainte est cruciale dans la distribution des volumes, car elle influe sur la position de la trémie et sur la configuration de l’étage supérieur. Un mauvais calcul peut provoquer une zone de “goulot” inconfortable, voire non conforme.
En pratique, le concepteur doit jongler entre la hauteur d’étage, l’épaisseur du plancher et la longueur disponible pour développer l’escalier. Plus l’escalier est raide, plus le risque de réduire l’échappée est important. Vous voyez ici le lien direct entre réglementation et volumétrie : pour conserver une échappée suffisante, il faudra parfois allonger la trémie, déplacer la première marche ou adapter la hauteur sous plafond du rez-de-chaussée. Comme un puzzle en trois dimensions, chaque paramètre influence l’autre et exige une vision d’ensemble dès la phase d’esquisse.
Pente d’escalier : angle optimal entre 25° et 42°
La pente d’un escalier, exprimée en degrés, résulte du rapport entre la hauteur de marche et le giron. Dans l’habitat, on considère qu’un angle compris entre 25° et 42° offre un bon compromis entre confort et emprise. En dessous de 25°, l’ouvrage s’apparente davantage à une rampe très allongée, ce qui consomme beaucoup de surface au sol. Au-delà de 42°, on s’approche d’une échelle de meunier, dont l’usage devient délicat au quotidien pour des enfants ou des personnes âgées.
La pente influence également la perception des volumes : un escalier plus doux étire la circulation et invite à une progression plus lente, presque scénographiée, tandis qu’un escalier raide concentre le mouvement vertical sur une zone réduite. Dans un projet de maison à plusieurs niveaux, jouer sur la pente permet de hiérarchiser les espaces, par exemple en rendant plus “facile” l’accès aux pièces de vie et plus “intime” l’accès à un comble aménagé. La maîtrise de cet angle est donc un outil puissant pour articuler ergonomie, sécurité et mise en scène des trajets quotidiens.
Intégration de la trémie dans la structure porteuse du plancher
La trémie d’escalier, ouverture pratiquée dans le plancher pour permettre le passage de l’ouvrage, constitue un point singulier dans la structure porteuse. Sa dimension et sa position impactent la répartition des charges, la continuité des solives et la stabilité globale du bâtiment. Intégrer correctement cette trémie, c’est assurer la cohérence entre l’architecture intérieure, la sécurité structurelle et le confort d’usage. À ce stade, le dialogue entre architecte, bureau d’études et entreprises de gros œuvre devient essentiel.
Dimensionnement de la trémie : calcul des chevêtres et solives d’enchevêtrure
L’ouverture d’une trémie interrompt le cheminement naturel des solives ou des poutrelles du plancher. Pour reporter les charges autour de cette zone vide, on met en place des chevêtres et des solives d’enchevêtrure, dimensionnés en fonction des portées et des charges permanentes et d’exploitation. Plus la trémie est grande – comme pour un escalier droit confortable ou un escalier à double quart-tournant – plus ces éléments doivent être robustes. Là encore, la taille de l’escalier, dictée par vos choix de confort et de circulation, se répercute directement sur la structure porteuse.
Dans un plancher bois traditionnel, cela se traduit par le doublage voire le triplage des solives bordant la trémie, ainsi que par la pose de chevêtres boulonnés. Pour un plancher béton, on pourra ajuster le ferraillage ou créer des poutres intégrées pour encadrer l’ouverture. Une trémie mal dimensionnée peut entraîner des déformations excessives, des fissures ou des nuisances acoustiques. C’est pourquoi le calcul structurel ne doit jamais être dissocié de la réflexion sur la distribution des volumes et la place accordée à l’escalier.
Renforcement structurel : poutres métalliques IPN et HEB
Dans les projets de rénovation ou de réhabilitation, l’ouverture d’une nouvelle trémie d’escalier dans un plancher existant nécessite souvent des renforcements spécifiques. L’utilisation de poutres métalliques de type IPN ou HEB permet de reprendre les charges interrompues et de redistribuer les efforts vers les murs porteurs ou les poteaux. Ces profils, dimensionnés par un ingénieur structure, sont parfois laissés apparents et intégrés au langage architectural intérieur, notamment dans les ambiances industrielles ou contemporaines.
D’un point de vue spatial, ces renforts métalliques peuvent servir de ligne directrice dans l’organisation des volumes. Une poutre en sous-face peut par exemple marquer la séparation entre cuisine et séjour, tout en portant la trémie de l’escalier. À l’inverse, lorsque l’on souhaite une continuité de plafond, ces éléments devront être intégrés dans l’épaisseur de la dalle, ce qui impactera la hauteur sous plafond disponible. Là encore, l’escalier agit comme un élément charnière entre contraintes structurelles et ambitions architecturales.
Traitement acoustique de la dalle : isolation phonique des vibrations
Un escalier mal désolidarisé peut devenir un véritable pont phonique entre les niveaux, transmettant bruits d’impact et vibrations dans tout le logement. Pour limiter ces nuisances, on met en œuvre des dispositifs d’isolation acoustique au droit de la trémie et des appuis d’escalier : bandes résilientes sous les limons, plots antivibratiles, chapes flottantes, ou même désolidarisation complète de la cage d’escalier du reste de la structure. Ces dispositions techniques jouent un rôle majeur dans la qualité d’usage, en particulier dans les habitats collectifs ou les maisons à plan ouvert.
Sur le plan perceptif, un escalier “silencieux” favorise une meilleure cohabitation entre les fonctions jour et nuit. À l’inverse, un escalier résonnant peut rapidement imposer des contraintes d’usage : impossibilité de monter tard sans réveiller la famille, gêne pour télétravailler à proximité, etc. Traiter les vibrations et les bruits d’impact, c’est donc protéger la valeur d’usage des volumes distribués par l’escalier et préserver la qualité acoustique globale de l’habitat.
Positionnement stratégique de la cage d’escalier dans le plan masse
Au-delà de ses caractéristiques intrinsèques, l’escalier joue un rôle stratégique dans le plan masse et dans la distribution des volumes intérieurs. Sa position détermine la manière dont les pièces se succèdent, la profondeur des logements et la qualité des percées visuelles. Placé au centre, en périphérie ou en position traversante, il réécrit la carte des cheminements quotidiens. Comment tirer parti de cette “colonne vertébrale” pour optimiser à la fois le confort spatial et la performance du plan ?
Escalier central : distribution équilibrée des espaces de vie
Un escalier positionné au centre du logement agit comme un noyau de distribution desservant de manière équilibrée les différentes pièces. Cette organisation favorise la réduction des couloirs et des surfaces de circulation, au profit des espaces de vie utiles. Les pièces peuvent ainsi se développer en périphérie, bénéficier d’orientations variées et de meilleures conditions d’éclairement naturel. Dans l’habitat collectif, un noyau d’escalier central permet également d’optimiser le nombre de logements desservis par palier, améliorant le rendement de plan.
Sur le plan de l’usage, un escalier central raccourcit les trajets quotidiens : accès rapide aux chambres depuis le séjour, meilleure connexion entre cuisine et étage, etc. Il permet aussi une certaine flexibilité dans l’évolution des volumes intérieurs, par exemple lors de la création d’une suite parentale ou d’un espace de coworking à l’étage. En contrepartie, la cage d’escalier occupe un espace précieux au cœur du plan, ce qui nécessite une conception minutieuse pour éviter les recoins inutilisables et les angles morts.
Escalier en périphérie : libération des volumes principaux
Placer l’escalier en périphérie, contre un mur mitoyen ou en façade, permet de libérer les volumes centraux pour les pièces de vie. Cette configuration est fréquente dans les maisons de ville étroites, où chaque centimètre de largeur compte, ainsi que dans certains immeubles où les circulations verticales sont repoussées vers l’extérieur du plan. L’escalier périphérique devient alors un filtre entre l’espace public (rue, cour, circulation commune) et l’espace privé de l’habitation.
Cette stratégie offre plusieurs avantages : elle simplifie parfois la structure du plancher, facilite la ventilation naturelle par des ouvertures en façade et limite l’impact visuel de la cage d’escalier dans le séjour. En revanche, elle peut allonger les circulations internes et réduire les possibilités de configurations traversantes pour les logements. On retrouve ici un arbitrage classique entre efficacité distributive et valorisation maximale des volumes principaux. Selon le contexte urbain, le choix d’un escalier en façade peut aussi être guidé par des considérations d’accessibilité ou de sécurité incendie.
Escalier traversant : création d’axes de circulation transversaux
L’escalier traversant, connectant deux façades ou deux côtés d’un bâtiment, joue le rôle d’axe structurant au sein du plan masse. Il articule les circulations horizontales à chaque niveau et peut devenir un véritable promenoir architectural offrant des vues multiples sur l’extérieur et l’intérieur. Dans certains projets d’habitat collectif, cette configuration permet de desservir des logements traversants, mieux ventilés et plus lumineux, tout en créant des occasions de rencontres dans les espaces communs.
Dans la maison individuelle, un escalier traversant peut séparer subtilement deux zones de vie – par exemple un espace parents et un espace enfants – tout en les reliant par un parcours commun. Il concourt ainsi à la lisibilité fonctionnelle du plan et à la hiérarchisation des usages. Sur le plan volumétrique, ce type d’escalier se prête bien aux dispositifs de double hauteur ou de puits de lumière, renforçant encore son rôle de colonne vertébrale dans la distribution des volumes habités.
Escalier comme élément de transition lumineuse et thermique
En plus de sa fonction de circulation, l’escalier participe activement à la gestion de la lumière naturelle et des échanges thermiques dans l’habitat. Sa cage, souvent ouverte ou partiellement cloisonnée, agit comme un conduit vertical pour la lumière et l’air. Exploité intelligemment, cet élément peut devenir un outil bioclimatique, améliorant le confort sans surcoût énergétique majeur. Comment transformer cette contrainte structurelle en atout lumineux et thermique ?
Puits de lumière zénithale : apport photométrique vertical
Installer un puits de lumière zénithale au-dessus de l’escalier permet de faire descendre la lumière naturelle jusqu’au cœur du bâtiment. Ce dispositif est particulièrement efficace dans les maisons mitoyennes ou les logements situés en cœur d’îlot, où les façades latérales sont peu ouvertes. La lumière zénithale, moins éblouissante que la lumière rasante, offre un éclairage homogène des marches et des paliers, renforçant la sécurité et le confort visuel au quotidien.
D’un point de vue spatial, ce puits lumineux accentue la perception de verticalité et met en scène la montée et la descente comme une véritable expérience architecturale. Le contraste entre zones éclairées et zones plus sombres peut être modulé par des garde-corps ajourés, des parois vitrées ou des matériaux clairs réfléchissants. En journée, cette stratégie permet aussi de réduire le recours à l’éclairage artificiel dans les circulations, ce qui contribue à diminuer la consommation énergétique globale du logement.
Stratification thermique : gestion des flux d’air chaud ascendants
Sur le plan thermique, la cage d’escalier fonctionne comme une cheminée : l’air chaud a tendance à monter vers les niveaux supérieurs, créant une stratification des températures. Cette dynamique peut être subie – surchauffe des combles, refroidissement du rez-de-chaussée – ou au contraire maîtrisée pour améliorer le confort. En jouant sur la position des ouvrants, les grilles de transfert et la perméabilité des garde-corps, on peut canaliser ces flux pour ventiler naturellement la maison.
Par exemple, l’ouverture ponctuelle d’un vasistas en haut de cage crée un tirage thermique qui évacue l’air chaud en été, tandis qu’une fermeture maîtrisée en hiver limite les déperditions. Couplé à un poêle à bois ou à un plancher chauffant, l’escalier devient un vecteur de diffusion douce de la chaleur vers les pièces de nuit. Comme une artère climatique, il relie les volumes et participe à l’équilibre énergétique de l’habitat, à condition d’être pensé dès l’origine dans une logique de confort thermique global.
Double hauteur : amplification volumétrique et continuité spatiale
La création d’un vide sur séjour ou d’une double hauteur au droit de l’escalier renforce spectaculairement la perception des volumes. Cette configuration met en relation directe deux niveaux, tant visuellement qu’acoustiquement, et offre des échappées visuelles généreuses. L’escalier, souvent placé en lisière de ce vide, devient le trait d’union entre bas et haut, tout en participant à l’animation de l’espace par les mouvements des occupants.
Sur le plan lumineux, la double hauteur permet de capter la lumière depuis les façades ou la toiture et de la redistribuer en profondeur dans le séjour. Elle offre également des possibilités intéressantes pour des aménagements en mezzanine, créant des espaces intermédiaires (coin lecture, bureau, espace de jeu) qui profitent à la fois de l’intimité de l’étage et de l’ouverture du rez-de-chaussée. Bien maîtrisée, cette mise en scène volumétrique augmente la sensation d’espace sans nécessairement accroître la surface au sol, démontrant encore une fois le rôle structurant de l’escalier dans la distribution des volumes.
Matérialité de l’escalier et perception des espaces habités
Enfin, la matérialité de l’escalier influence fortement la manière dont les volumes de l’habitat sont perçus et vécus. Un même plan peut sembler massif ou aérien, froid ou chaleureux, selon que l’escalier est en béton, en métal, en bois ou en verre. Le choix des matériaux ne relève donc pas uniquement de considérations esthétiques ou budgétaires : il participe à la hiérarchisation des espaces, à la qualité acoustique et à la lisibilité des circulations.
Escalier en béton brut : massivité et ancrage architectural
L’escalier en béton brut, souvent coulé en place, affirme une présence forte au sein du volume. Sa massivité lui confère une dimension presque sculpturale, idéale pour structurer un grand espace de vie ou un hall d’immeuble. En termes de perception, ce type d’escalier ancre les volumes, crée des lignes de force et peut servir de support à d’autres éléments architecturaux comme des claustras, des rangements ou des assises intégrées.
Sur le plan fonctionnel, le béton offre une excellente inertie thermique et une bonne isolation acoustique aux bruits d’impact, à condition d’être couplé à des revêtements adaptés. En revanche, sa mise en œuvre est moins flexible que celle d’une structure métallique ou bois, ce qui impose de figer tôt la géométrie de l’escalier dans le projet. Dans un logement, choisir un escalier en béton brut, c’est donc accepter une présence forte, presque monumentale, qui deviendra l’une des signatures de la distribution des volumes intérieurs.
Structure métallique et marches bois : légèreté et transparence
La combinaison d’une structure métallique fine (limons, crémaillères, poteaux) et de marches en bois permet de concilier robustesse et chaleur. Visuellement, la finesse des profils acier allège considérablement l’impact de l’escalier dans le volume. L’ouvrage semble presque dessiné en filigrane, laissant les perspectives se déployer à travers lui. Les marches en bois, quant à elles, apportent une dimension tactile et chaleureuse qui adoucit la rigueur du métal.
Ce type d’escalier est particulièrement adapté aux plans ouverts, où l’on souhaite préserver des vues diagonales entre cuisine, séjour et espace de travail. Il facilite également l’intégration de garde-corps vitrés ou de câbles tendus, renforçant encore la transparence de l’ensemble. Sur le plan acoustique, des dispositifs de désolidarisation entre structure métallique et plancher limitent les transmissions de bruit. En jouant sur les essences de bois et les finitions, vous pouvez ajuster finement l’ambiance des volumes distribués par l’escalier, du style industriel au contemporain épuré.
Garde-corps ajouré versus mur d’échiffre : porosité visuelle
Le traitement du garde-corps – ou le choix d’un mur d’échiffre plein – conditionne la porosité visuelle entre l’escalier et les espaces qu’il dessert. Un garde-corps ajouré, qu’il soit en barreaudage métallique, en verre ou en bois lamellé, laisse circuler le regard et la lumière. Il contribue à un sentiment de continuité entre les niveaux, réduisant l’effet de cloisonnement. Dans un petit logement, cette transparence peut faire toute la différence en termes de perception d’espace.
À l’inverse, un mur d’échiffre plein transforme la cage d’escalier en volume autonome, plus intime et plus acoustiquement séparé. Cette option est pertinente lorsque l’on souhaite isoler les zones de nuit des pièces de vie, ou lorsque la cage d’escalier longe une façade moins qualitative. Comme un filtre plus ou moins opaque, le garde-corps participe donc à la scénographie des parcours et à la hiérarchisation des volumes : ouvert pour inviter, fermé pour protéger. En maîtrisant ce dernier paramètre, vous achevez de faire de l’escalier un véritable outil de composition architecturale, au cœur de la distribution des volumes dans l’habitat.



